Depuis quelques années on assiste en France (et ailleurs : Allemagne, Hollande, Japon ...) à une renaissance de la passion pour le tango argentin. Pourquoi un tel engouement, une telle fascination ? Soupirs du bandonéon, plaintes du violon et de l'alto, pleurs du violoncelle, rythme et mélodie du piano ; le tango argentin c'est d'abord l'expression de sentiments forts : passion, nostalgie, tristesse voire désespoir ; il s'adresse alors à l'âme et vous bouleverse au plus profond. Mais heureusement, la gaieté fait aussi partie du répertoire et l'on rencontre des tangueras et des tangueros joyeux. C'est aussi, à l'image du pays, une musique métisse où se marient rythmes d'Afrique et mélodies d'Europe : si l'on admet que les Mexicains descendent des Aztèques, les Péruviens des Incas, les Argentins eux descendent du bateau !

Le tango argentin ce sont aussi des orchestres et des compositeurs : on commence par écouter Piazzola, puis on remonte aux orchestres populaires des années 30 à 60 (Canaro, De Caro, Di Sarli, Troïlo, Pugliese ...), et on découvre les contemporains tels Juan Cedron ou Juan José Mosalini qui vivent et se produisent en France. Le tango a eu et a encore ses poètes (Enrique Cadicamo, Enrique Santos Discepolo, Horacio Ferrer ...) et des voix pour chanter leurs oeuvres : celles du passé, Gardel bien sûr, mais aussi Goyeneche, Beron, Castillo ... et celles d'aujourd'hui Silvana Deluigi, Valeria Munarriz ... Mais tout cela ne serait rien sans la danse qui permet au corps, ou plus précisément au corps unique que forme le couple de danseurs durant trois minutes, de se fondre dans la musique. Plus étonnant encore, dans un bal, c'est l'ensemble des couples qui évoluent en synergie, pour finir par former une entité. Sensuel le tango argentin ? Oui bien sûr car il appelle le corps à corps, mais cette sensualité demande apprentissage, travail, écoute et respect du partenaire.

Macho le tanguero ? Oui en un sens, car c'est lui qui propose les pas et les figures et les indique à sa partenaire ; mais attention la médaille a son revers : il doit être à l'écoute pour que ses propositions soient en harmonie avec sa partenaire et la musique ; le tango est une danse improvisée : pas question de reproduire un enchaînement immuable de figures ; alors macho peut être mais pas borné car la tête compte autant que les pieds ! Soumise la tanguera ? oui, à un partenaire qui saura, durant ces trois minutes, l’étonner, la surprendre, tout en comprenant et en anticipant ses désirs ; certainement pas à un écraseur de pieds sans imagination.

Magique le tango ? Assurément lorsque l'homme et la femme, en symbiose avec la musique, ne sont plus que ce corps unique évoqué plus haut. Il n’y a plus alors ni macho, ni soumise, simplement un moment de bonheur. Voilà sans doute les raisons du retour de cette passion pour le tango argentin.

Ph. JULIARD
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